Pour faire suite à l'article du journal Le Monde sur les eczémas dimanche-lundi 26 et 27 mars 2000

Toute une page sur les eczémas ! Chouette se disent les atopiques gratteurs, on nous reconnait !
Mais non pas chouette ! Le téléphone sonne et resonne et reresonne "Michèle vous avez lu Le Monde... ?"
Ben oui, sur la partie de gauche, quelques oublis réducteurs, et une innovation allergologique surprenante ; bof, tout avance, et la prise en charge des tout petits se fait de mieux en mieux.
Dans les colonnes de droite : c'est navrant.
On retrouve la très classique idée que c'est l'angoisse et la dépression de la mère qui vont retentir sur la peau et le psychisme du bébé.
Oui, une maman d'enfant eczémateux souffre. Cette souffrance est la conséquence de la dermatite atopique et non pas sa cause. Le climat familial change : "c'est comme un radeau sur l'océan en furie". Incompréhension...Cet enfant attendu avec un tel bonheur, se transforme en phénomène rouge, craquelé, suintant. Il crie, dort peu, se tortille. Que se passe-t-il ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Echec total...
Et l'échec se pérénise malgré les dermocorticoïdes. Il se pérénise avec les seules séances familiales de psychothérapie. Il se pérénise par une ignorance choisie. La psyché de certains est bien mystérieuse...
Des professeurs (de quoi ?) professent sur la transmission de la sensibilité allergique, durant la gestation, par l'état psychique dépressif de la mère. On "développe des modèles théoriques" : auto-jouissance de la créativité sur le dos des autres. Les neurones s'en donne à coeur joie...pour quoi ?
La psyché est pourtant respectable : c'est l'ensemble des phénomènes de la pensée.
Respectons donc les élucubrations pour ce qu'elles sont. Veillons à ce que leur bêtise ne soit pas opérante, car elles peuvent faire beaucoup de mal aux personnes fragiles, donc aux mamans fragilisées.
Les causes de la dermatite atopique sont bien connues. C'est une pathologie du système immunitaire, avec une prédisposition génétique. Son augmentation chez le nourrisson s'explique par une inadaptation du système immunitaire au progrès qu'ont été la disparition des maladies infectieuses et le développement de l'hygiène. Notre système immmunitaire, programmé à travailler, se trompe de cible et se met à guerroyer contre les allergènes (lait de vache, oeuf, pollens, moisissures...).
La bonne information des parents, la bonne prise en charge, dès son déclenchement va amener une régression spectaculaire ; et avec elle, le retour au calme dans la famille.
Cependant le chemin à parcourir sera long : il s'agira de prévention vis à vis des grands allergènes durant la construction du système immunitaire de l'enfant, qui trouvera sa maturité à 7 ans.
Le discours culpabilisant mère-enfant, nous ne voulons plus l'entendre. C'est désormais un discours d'ignorants.

Ce que nous, atopiques, nous observons : quand les lésions sont là, quand la guérison n'a pas eu lieu, quand la peau est en situation prurigineuse, toutes les émotions relancent les molécules inflammatoires ; que ces stress soient agréables ou désagréables, le processus est le même. La relance dure quelques minutes ; mais ces quelques minutes suffisent pour lancer le geste gratteur...qui aggrave la situation.
La comparaison des relances par le sport, les émotions, les aliments chargés d'histamine, montre que celles provoquées par les émotions (stress) sont bien inférieures aux autres.
La réaction biologique aux émotions est la même chez une personne atopique ou non atopique : le coeur qui bat plus vite avec libération de médiateurs, rougeurs ; ou au contraire, ralentissement du coeur avec pâleur.
Le problème pour l'atopique, c'est que ces médiateurs relancent l'inflammation.
Le non-atopique va "piquer son fard", puis la sensation de chaleur et la rougeur vont disparaître.
L'eczémateux va ressentir des démangeaisons et se gratter.
Autre observation : lors d'un stress grave (panique, frayeur), la réaction est inverse : arrêt des démangeaisons, calme plat. L'eczémateux ne se gratte plus durant quelques heures.
Il serait intéressant de travailler sur ces transmissions.
Autre observation : on n'a jamais vu une situation difficile ni un stress important déclencher un eczéma atopique, chez un ancien eczémateux guéri depuis 10, 20, 30 ans.
On n'a jamais vu aucune équipe de chercheurs travailler sur ces atopiques eczémateux guéris.
Aucune conclusion scientifique ne pourra se faire sans un travail sérieux sur ces personnes guéries, sur l'analyse de leur vie, sur l'évaluation des stress vécus, sur les risques pris...
A l'Afpada, nous observons que les adultes eczémateux de 20-40 ans sont majoritairement d'anciens enfants qui n'ont été traités qu'au niveau du symptôme: leur système immunitaire n'a pas acquis sa maturité qui est la prédominance de l'activité des lymphocytes Th1.
Quant aux adultes nouvellement eczémateux, une enquête permet d'en trouver les raisons, la psyché n'y est pour rien, et l'eczéma de contact est une conséquence aggravante de la dermatite atopique, et non pas sa cause.
Par contre, l'accompagnement vers la compréhension est très difficile : l'homme moderne s'est conditionné à la croyance qu'à notre époque, il existe un médicament pour tout. Et, pour la dermatite atopique il n'existe pas un médicament : c'est l'entrée dans la pensée complexe qui fait blocage chez les uns et les autres, qu'ils soient médecins ou patients.

Michèle Lamirand

 
« …Enfin, la relation médecin-malade est marquée par l’idéalisation qui sous-tend les attentes réciproques : le médecin idéal est, pour le patient, celui qui pourra être à la hauteur de ses multiples espérances. Le patient idéal est, pour le praticien, celui qui lui permettra au mieux de satisfaire sa « vocation », c’est-à-dire à la fois ses attentes conscientes et ses désirs inconscients ».

Extrait de « L’alliance thérapeutique avec un sujet atopique ».
Dr Sylvie Consoli (membre du conseil scientifique de l’Afpada).
Elle est, pour le patient, un pilier solide et protecteur ainsi qu’une référence incontournable pour ses confrères et consoeurs.

Sylvie Consoli a publié "La tendresse" aux éditions Odile Jacob.

Psy très Show

Dans un magazine féminin du mois d'octobre 1999, on a pu lire une interview destinée à la promotion du livre d'une dermatologue-psychanalyste. Du ridicule grave : celui qui fait très mal aux personnes fragiles ou mal informées. Exemple : "75 % des dermatites atopiques des nourrissons est d'origine psy ; 80 % des problèmes dermatologiques ont une origine psychologique liée à la petite enfance". Nous ne listerons pas ici l'ensemble des inepties produites dans l'interview. Laissons cela aux pairs de ce médecin.

Par contre, il s'agit de nous, et de nous qui nous appuyons sur les médecins qui la soignent cette D.A. du nourrisson ; sans anti-dépresseurs, sans cure psychanalytique pour la maman ; avec le bon sens de la connaissance scientifique et expérimentée, prouvée par de vrais pourcentages, et le respect du serment d'Hippocrate.

Alors, que faire ? Bouter les mauvais psy hors des frontières de nos cornéocytes !

Par un peu de simplicité ?

Tout d'abord, sur le plan biologique, l'embryon se forme à partie d'une cellule ; une deuxième, une troisième se forment, etc...Ces cellules vont devenir nos organes vitaux. La conception des premières cellules est tellement imbriquée que longtemps on a parlé des "crêtes neurales" qui servaient d'argument à certains psy : "le système nerveux et la peau avaient la même origine". Mais c'est tout l'embryon qui a la même origine !

Le mécanisme du "choix"

-- Lorsque nous naissons, nous disposons d'un inné qui nous vient de nos ancêtres.

-- Nous grandissons en engrangeant un acquis ( environnement, éducation, lectures, expériences...)

-- Nous formons notre personnalité en manageant à la fois notre acquis et notre inné.

-- Nos actes, nos positions sont tous issus de la priorité que nous donnons à notre inné ou notre acquis, au jour J de l'acte ou de la position (en quelque sorte, nous nous auto-programmons toute notre vie, sur une base d'ancrages émotionnels). Globalement, à partir d'un inné (indélébile et stocké dans nos gènes) et d'un acquis, nous choisissons d'être ce que nous sommes, que nous en ayons ou n'en ayons pas conscience. Actuellement, il est dit que la conscience et l'émotion ne sont pas séparables (voir Le Sentiment Même de Soi de Antonio R. Damasio ; éditions Odile Jacob).

Et ceci, sur un fond d'outils extraordinaires qui sont des organes, des cellules, des molécules, des transmetteurs, des hormones, des enzymes et infiniment de substances chimiques qui interagissent et permettent à la "machine-homo-sapien" de s'adapter.

Et nous, là dedans ?

1) Il y a ce que nous sommes (voir ci-dessus)

2) Il y a le choix que nous faisons de nos médecins.

3) Il y a l'importance, ou la place que nous choisissons de donner à ces médecins.

Et le thérapeute ?

C'est un être humain, soumis aux mêmes règles. Entre son inné et son acquis, il oriente ses choix thérapeutiques. Il choisit parmi les théories celles qui correspondent à ses ancrages émotionnels, à l'idée qu'il se fait de lui-même, ou à l'idée qu'il pense avoir que nous avons de lui-même. Il se conditionne à un apprentissage sans cesse enrichi, ou au contraire, s'auto-conditionne à un apprentissage définitif, rigide, qui peut être lié à l'image du "maître-référent".

En conclusion

Nous pouvons tous faire évoluer la situation notre vie durant.

En pratique ?

Si nous choisissons un soignant généreux, au mental élevé, curieux de connaître et de comprendre...c'est parce que ce soignant correspond à notre attente profonde.

Si nous choisissons obstinément un soignant rigide, c'est que .....

Si nous demeurons avec un soignant douteux, c'est que nous avons des difficultés avec la pérénisation d'émotions anciennes.

Dans notre pathologie, très complexe, les thérapeutes qui refusent la connaissance, qui inventent des pourcentages, qui parlent de théories mal comprises et mal assimilées ne sont pas disponibles pour les patients atopiques. Ils le seront lorsqu'ils auront réussi leur propre cure analytique (si là est leur choix).

Message extra-sujet : parler de son histoire à un professionnel de l'analyse est, en soi extrêmement intéressant. Choisir de n'aborder sa pathologie que par un travail sur "son histoire", c'est choisir inconsciemment de faire se perpétrer la maladie.

C'est là qu'un travail avec un professionnel averti (qui connait les processus de la pathologie) est incontournable : il ne laissera pas des années s'écouler, sans poser la question à son patient :
"Est-ce- que l'histoire de votre pathologie, la dermatite atopique vous intéresse ?"

Michèle Lamirand    
   

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